lundi 19 octobre 2026

Écoles pionnières : pour enseigner les maths, la France s'insp

Voir le reportage ici 

https://medias24.com/2026/10/19/ecoles-pionnieres-pour-enseigner-les-maths-la-france-sinspire-du-maroc-1781281/



À Paris, le 30 septembre 2026, Stanislas Dehaene, président du Conseil scientifique de l’éducation nationale en France, a présenté "Pionniers des maths", une expérimentation qui reprend le nom mais aussi certains principes du dispositif marocain. Pour le chercheur québécois Steve Bissonnette, également présent au Forum de l’éducation, le Maroc est presque certainement la "nouvelle Finlande" de l’éducation.

Stanislas Dehaene, président du Conseil scientifique de l’éducation nationale, lors du Forum Éducation 2026, à Paris, le 30 septembre 2026. Crédits : CSEN

Youssef Belfaqih

Le 19 octobre 2026 à 10h30 | Modifié 19 octobre 2026 à 10h30

Mercredi 30 septembre 2026 à Paris, le Collège de France et le Conseil scientifique de l’éducation nationale (CSEN) français ont organisé le Forum de l’éducation afin de rapprocher la recherche scientifique, notamment les neurosciences et les sciences cognitives, des pratiques en classe.

Stanislas Dehaene, titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale et président du CSEN, y a présenté "Pionniers des maths". Dans l’après-midi, un atelier animé par Steve Bissonnette, spécialiste de l’enseignement explicite, et Céline Guilmois, maîtresse de conférences à l’université des Antilles, a porté sur les résultats du programme des écoles pionnières au Maroc et d’expérimentations menées en Martinique.

Une expérimentation française inspirée des écoles pionnières du Maroc

"Pionniers des maths : nous avons emprunté le terme à l’expérience marocaine, les écoles pionnières, mais en nous concentrant sur la question des mathématiques à l’école primaire", a expliqué Stanislas Dehaene.

Déployé depuis la rentrée 2025-2026, le programme cible les élèves de CE2 et de CM1, avec une première phase menée dans environ 150 classes de six académies, suivie d’une extension à plus de 500 classes dans dix académies à la rentrée 2026-2027.


Il repose sur quatre piliers :

-l’enseignement explicite,

-l’adaptation au niveau des élèves avec des objectifs précis toutes les six semaines,

-une progression en spirale "concret, imagé, abstrait" inspirée de la méthode de Singapour,

-et le recours aux problèmes et aux jeux mathématiques.

Stanislas Dehaene a salué la dynamique engagée au Maroc : "Ce qui se passe actuellement au Maroc est remarquable. Le Maroc ressemble un peu à la nouvelle Finlande. Nous nous tournions tous vers la Finlande pour essayer de comprendre comment elle était parvenue à obtenir d’aussi bons résultats. Aujourd’hui, le Maroc progresse à une vitesse absolument remarquable, grâce à un effort très dynamique appelé les 'écoles pionnières'."

Écoles pionnières Maroc : un gain d’apprentissage de 0,6 écart-type

L’évaluation indépendante du programme écoles pionnières Maroc fait état  comparaison composé d’écoles qui n’avaient pas encore intégré le dispositif. Selon les chercheurs, ce gain correspond à près de trois années d’apprentissage dans un système ordinaire.

Steve Bissonnette souligne l’ampleur du résultat : "Habituellement, dans les réformes à grande échelle qui ont réussi, le mieux que l’on observe se situe autour de 0,10. Donc 0,60 est presque sans précédent dans l’histoire des réformes éducatives, avec un si grand nombre d’écoles et une généralisation aussi rapide".

Les progrès sont positifs en français, en mathématiques et en arabe, aussi bien pour les élèves en difficulté que pour les meilleurs. Le chercheur y insiste, car l’enseignement explicite est souvent associé aux seuls élèves fragiles : "On voit qu’il est plus bénéfique pour eux, mais il l’est tout autant pour les plus forts de la classe."

Le Maroc, "nouvelle Finlande" de l’éducation ?

Steve Bissonnette reprend la comparaison : "M. Dehaene a dit ce matin que c’était probablement la 'nouvelle Finlande'. Je suis presque certain que c’est le cas."

Pour expliquer ces résultats, le chercheur québécois avance quatre facteurs principaux :

1. Un curriculum allégé. Le programme est recentré sur les idées essentielles, organisées de façon logique et cohérente pour faciliter la progression des élèves.

2. Une harmonisation grâce au matériel clé en main. Les instituteurs

disposent de supports prêts à l’emploi, ce qui réduit le temps de

préparation et leur permet de se consacrer davantage à la mise en œuvre du

programme.

3. Une évaluation régulière. Les élèves sont évalués toutes les six

semaines et les résultats sont saisis dans une base de données informatisée

Le ministère peut ainsi suivre les progrès, repérer rapidement les difficultés

et déterminer où allouer davantage de ressources.

4. Une formation et un accompagnement solides. Les inspecteurs

scolaires, eux-mêmes formés, assurent la formation continue des

enseignants et les accompagnent dans la mise en œuvre du programme.

Moins de décrochage scolaire et de redoublements

Autre effet mis en avant par Steve Bissonnette dans les collèges pionniers : la baisse des abandons et des redoublements après un an de mise en œuvre.

"En un an de mise en œuvre, le taux d’abandon a été réduit de plus de 30 % et le taux de redoublement de 40 %. Oui, il est intéressant de voir les résultats des élèves s’améliorer, mais ce que nous voulons, c’est que les élèves qui arrivent à l’école y restent et que le redoublement diminue considérablement", explique-t-il.

Écoles pionnières Maroc : évaluer toutes les six semaines pour corriger plus vite

Contrairement aux enquêtes internationales comme PISA, désormais programmées tous les quatre ans, le modèle des écoles pionnières Maroc repose sur des évaluations toutes les six semaines. Ce suivi rapproché permet d’identifier rapidement les difficultés et d’adapter l’accompagnement, dans une boucle d’évaluation et de correction plus courte.

"Pionniers des maths" reprend ce principe, avec l’objectif de tester l’approche, d’en mesurer les effets et de l’ajuster en continu en fonction des résultats.

Comme nous l'avons relevé sur Médias24, les élèves marocains évalués dans le cadre de PISA en 2025, alors âgés de 15 ans, n'avaient pas suivi l'ensemble de leur scolarité primaire dans une école pionnière, le programme ayant été lancé en 2023. Les effets de cette réforme pourraient ainsi se refléter progressivement dans les résultats de PISA lors des prochaines éditions, en 2029 puis en 2033


vendredi 25 septembre 2026

Mise à jour de notre monographie sur la réforme des écoles pionnières au Maroc 🇲🇦

Une nouvelle évaluation des effets observées dans les écoles pionnières a été publiée en septembre 2026. Ces résultats ont été intégrés à cette 3e édition de notre monographie.  Vous pouvez télécharger le tout ici. 



lundi 21 septembre 2026

Evaluation indépendante. Les écoles pionnières produisent des “gains exceptionnels”

 Voir ici https://medias24.com/2026/09/21/evaluation-independante-les-ecoles-pionnieres-produisent-des-gains-exceptionnels-1759975/

Médias24

Evaluation indépendante. Les écoles pionnières produisent des “gains exceptionnels”

Mal compris, les récents résultats de PISA 2025 avaient laissé croire que la réforme de l'Éducation s'acheminait vers l'échec. il n'en est rien car les élèves évalués par PISA n'avaient pas suivi les écoles pionnières. Voici l'évaluation indépendante attendue, effectuée par J-PAL (MIT) et l'UM6P. La conclusion est sans appel.

Par 
Le 21 septembre 2026 à 10h49 | Modifié 21 septembre 2026 à 11h02

"Le programme Écoles pionnières continue de produire des gains d’apprentissage d’une ampleur exceptionnelle, y compris dans un contexte de déploiement à grande échelle". C'est l'une des principales conclusions d'une évaluation indépendante menée par le Morocco Innovation and Evaluation Lab (MEL), fruit d'une collaboration entre l'UM6P et le J-PAL.

Pour l’analyse des effets après une année d’exposition, l’échantillon comprend environ 36.000 élèves répartis dans 483 écoles. La méthode utilisée compare l’évolution des apprentissages entre deux groupes, un échantillon d’écoles pionnières et d'écoles comparables n’ayant pas encore intégré le programme. L’évaluation permet de mesurer les effets du programme après différentes durées d’exposition, allant d’une à trois années, et d’étudier leur évolution à mesure que la réforme est déployée à plus grande échelle.

Résultat ? "Lors de la première année de participation, les élèves des Écoles pionnières ont réalisé des progrès équivalant à près de trois années d’apprentissage ordinaires".


En des termes scientifiques, "l'évaluation d'impact détecte des effets moyens sur l’apprentissage des élèves de 0,6 écart-type (ET), après une année d’exposition au programme des écoles pionnières, toutes cohortes et matières confondues. Un impact de cette ampleur revient à faire passer la performance moyenne du groupe bénéficiaire d’un niveau situé autour du 50ᵉ percentile à un niveau proche du 72ᵉ percentile", lit-on dans le rapport d'évaluation.

Le MEL souligne toutefois que cet indicateur mesure la progression attribuable au programme par rapport à ce qui aurait été observé en son absence. Il ne renseigne pas sur le niveau absolu atteint par les élèves.

Le français affiche l’impact le plus élevé

Les effets diffèrent selon les matières. Après un an, toutes cohortes confondues, le gain atteint 0,76 écart-type en français, contre 0,63 en mathématiques et 0,38 en arabe, selon les données présentées dans le rapport.

Le document indique également que les progrès concernent différents profils d’élèves. Après une année, l’effet atteint 0,59 écart-type pour les élèves les plus en difficulté et 0,50 pour les plus performants.

Une autre évaluation menée par le MEL porte sur les élèves actuellement inscrits dans les collèges pionniers. Elle montre que les élèves ayant auparavant fréquenté une école pionnière au primaire affichent des progrès d'apprentissage plus importants au collège de 0,76 écart-type, contre 0,52 pour les autres élèves.



Un impact toujours élevé, malgré le changement d’échelle

L'étude a également analysé l'impact de la généralisation du programme des écoles pionnières sur les résultats.

Pour la première cohorte, entrée dans les Écoles pionnières en 2023-2024, l’impact reste significatif au fil du temps. Son amplitude est certes inférieure à celle observée lors de la première année d’expérimentation, mais le rapport souligne que les effets demeurent "très élevés".

"Cette évolution, fréquemment observée lors de la généralisation des réformes, doit être appréciée au regard du changement d’échelle considérable, avec environ 2.000 écoles supplémentaires intégrées chaque année. Les résultats de la troisième année montrent toutefois que l’impact s’est désormais stabilisé", expliquent les experts.

Ces derniers expliquent que les premières écoles avaient notamment été sélectionnées en fonction de leur capacité et de leur volonté à mettre en œuvre la réforme. Les cohortes suivantes sont donc plus diverses. À cela s’ajoutent, selon les auteurs, les difficultés inhérentes à l’organisation, au suivi et au renforcement des capacités lorsqu’un dispositif est généralisé rapidement.

Ils concluent que "la continuité de la réforme apparaît ainsi importantepour permettre la diffusion et l’appropriation progressive des nouvelles pratiques, et favoriser l’accumulation de leurs effets."

"Les résultats observés suggèrent que la combinaison de pratiques fondées sur des données probantes, telles que Teaching at the Right Level (TaRL) et l’enseignement explicite (structured pedagogy), constitue une stratégie prometteuse pour renforcer les apprentissages fondamentaux. Leur intégration au sein d’un même programme semble avoir créé des conditions favorables à l’amélioration des apprentissages fondamentaux".





mardi 9 juin 2026

**Effets des pédagogies structurées déployées dans la réforme scolaire du Maroc** **2e édition revue et augmentée**

 J’ai le plaisir de rendre disponible gratuitement notre monographie intitulée :

**Effets des pédagogies structurées déployées dans la réforme scolaire du Maroc**

**2e édition revue et augmentée**

Rédigé avec Clermont Gauthier, ce document présente et analyse les effets des pédagogies structurées déployées dans le cadre de la réforme scolaire marocaine, notamment à travers les Écoles Pionnières.

Cette monographie rend compte des résultats observés au primaire et au secondaire, en mettant en lumière le rôle central de l’enseignement explicite, de la remédiation ciblée et des données probantes dans l’amélioration des apprentissages des élèves.

Au-delà du cas marocain, ce document propose également une réflexion plus large sur les conditions nécessaires pour réussir une réforme scolaire à grande échelle : des objectifs clairs, des pratiques pédagogiques validées par la recherche, une formation structurée, un accompagnement soutenu et une évaluation rigoureuse des effets.

Nous espérons que cette publication pourra nourrir la réflexion des décideurs, des chercheurs, des formateurs, des directions d’établissement et des enseignants intéressés par l’amélioration durable de la réussite scolaire.

Le document est offert gratuitement afin de contribuer au partage des connaissances et au développement de réformes éducatives fondées sur les données probantes. Voir ci-dessous 

Bonne lecture!

https://drive.google.com/file/d/1eqGmJrG0Y-V3-s8UwpuAUg_hjEESUxyf/view?usp=drivesdk




lundi 8 juin 2026

Enfin une feuille de route pour une réforme scolaire

📘 **disponible maintenant : une feuille de route pour une réforme scolaire fondée sur les données probantes**

🧭 **Vision claire**  
Une démarche structurée inspirée de l’expérience des Écoles Pionnières du Maroc.

📊 **Diagnostic rigoureux**  
« Il faut mesurer les apprentissages réels des élèves… » — un point de départ incontournable.

🧩 **Pédagogie structurée**  
Combinaison de remédiation ciblée et d’enseignement explicite pour améliorer durablement les apprentissages.

🛠️ **Outils concrets pour les enseignants**  
Leçons scriptées, évaluations courtes, supports pratiques.

🔍 **Évaluation indépendante**  
Pour ajuster, améliorer et garantir l’impact réel sur les élèves.

👉 *Améliorer durablement les apprentissages exige un curriculum clair, une pédagogie structurée et une évaluation rigoureuse.*

📄 ** La publication complète est partagée ici.



mercredi 25 mars 2026

Compte rendu des résultats 2024-2025 du programme « École pionnière » au secondaire menée au Maroc

 1. Cadre de l'intervention et contexte éducatif Le programme des « Écoles pionnières » (PSP) a été lancé par le gouvernement marocain en septembre 2024 dans 232 collèges publics (de la 7e à la 9e année) pour faire face à des résultats scolaires historiquement faibles (par exemple, 64 % des élèves marocains de 4e se situaient en dessous du seuil international le plus bas en mathématiques selon TIMSS 2023). Il s'agit d'une réforme globale combinant :

  • Deux mois de cours de rattrapage (approche Teaching at the Right Level - TaRL).
  • Une pédagogie structurée avec des cours scénarisés (enseignement explicite).
  • Un système d'alerte précoce et du tutorat pour les élèves à risque.
  • Des activités extrascolaires et une certification de la qualité.
  • Un essai contrôlé randomisé (ECR) imbriqué : Parmi les écoles participantes, 84 ont été tirées au sort pour proposer quatre ateliers socio-émotionnels spécifiques animés par des spécialistes sociaux, afin d'isoler l'impact de ce volet.
2. Méthodologie et rigueur psychométrique L'étude préenregistrée repose sur une stratégie de « différence dans les différences » (DiD) couplée à un appariement par apprentissage automatique (machine learning). Les chercheurs ont utilisé la méthode de « post-double-sélection » (PDS) sur 30 variables prédictives pour apparier 200 collèges PSP à 100 collèges témoins comparables.
  • L'échantillon d'analyse : Les données administratives de 637 587 observations sur deux ans ont été utilisées pour mesurer le décrochage. Parallèlement, un sous-échantillon de 20 036 élèves a été sélectionné aléatoirement (avec listes de priorité) pour des tests standardisés et des entretiens.
  • Psychométrie : Les chercheurs ont utilisé la théorie de la réponse à l'item (IRT), notamment le modèle de réponse graduée (GRM) pour les échelles ordinales et le modèle logistique à deux paramètres (2PL) pour les réponses binaires, garantissant une fiabilité conditionnelle moyenne très élevée (proche ou supérieure à 0,8) pour évaluer les compétences sur l'ensemble du spectre des capacités des élèves.
3. Résultats détaillés par sous-domaines A. Décrochage et redoublement Le programme a induit une baisse absolue de 1,6 point de pourcentage du décrochage (soit une réduction relative spectaculaire de 31,4 % par rapport au taux contrefactuel de 5,1 %). Cette baisse est détaillée comme suit :
  • Diminution de 1,2 point de pourcentage des abandons volontaires.
  • Diminution de 0,4 point de pourcentage des expulsions (renvois pour mauvais résultats ou comportement).
  • De plus, le risque de redoublement a chuté massivement de 8,2 points de pourcentage.
B. Acquis scolaires (accélération de 3,3 fois) L'effet global d'« intention de traiter » (ITT) est de +0,52 écart-type (e.t.), contre une progression contrefactuelle de 0,23 e.t., classant cette intervention parmi les 1 % des programmes les plus efficaces évalués à grande échelle dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
  • Arabe (+0,24 e.t.) et Français (+0,31 e.t.) : L'impact est tiré vers le haut par les compétences orales (+0,31 et +0,35 e.t. respectivement) par rapport à la production écrite (+0,12 et +0,19 e.t.).
  • Mathématiques (+0,30 e.t.) : Le sous-domaine du sens des nombres et des opérations a connu une augmentation particulièrement forte (+0,46 e.t.).
  • Sciences (+1,24 e.t.) : Les progrès sont colossaux, particulièrement pour les compétences cognitives de niveau inférieur (« savoir », +1,68 e.t.) et en chimie qui culmine à +2,31 e.t..
C. Compétences socio-émotionnelles (SE) et Créativité Un indice « proximal » prédéfini a progressé de +0,22 e.t., mais les effets se décomposent plus finement :
  • Compétences intrapersonnelles (+0,26 e.t.) : Les élèves ont fortement amélioré leur locus de contrôle (+0,45 e.t.), leur perception de contrôle (+0,28 e.t.), leur état d'esprit de croissance (+0,20 e.t.), leur ténacité (+0,18 e.t.) et leur autorégulation (+0,16 e.t.).
  • Compétences interpersonnelles (+0,14 e.t.) : La prosocialité a augmenté de +0,20 e.t., mais aucune amélioration significative n'a été constatée sur la perception des émotions chez autrui.
  • Créativité : Évaluée via les tests de Torrance (TTCT), la créativité n'a pas montré d'amélioration significative (+0,05 e.t.) sur l'ensemble de l'échantillon global.
4. Analyse fine de l'hétérogénéité (Forêt causale et sous-groupes) Outre les effets très positifs pour les garçons (baisse de l'abandon de 2,7 points et hausse de l'apprentissage de +0,47 e.t.), le programme a surtout profité aux élèves les plus vulnérables. En utilisant une approche d'apprentissage automatique (causal forest), les chercheurs ont divisé les élèves entre ceux ayant un effet de traitement prédit « faible » ou « fort » :
  • Élèves à risque initial : Leurs probabilités d'abandon ont baissé de 3,9 points (face à un risque de 15,6 %), leurs acquis scolaires ont augmenté de +0,45 e.t., leurs compétences SE de +0,34 e.t., et fait unique, leur créativité a bondi de +0,28 e.t..
  • Le programme a eu des effets largement supérieurs (plus de 0,4 e.t. supplémentaire) pour les élèves situés dans les quartiles inférieurs des résultats scolaires ou socio-émotionnels initiaux.
5. Qualité de la mise en œuvre (Fidélité et Mécanismes) L'effet mesuré (ITT) est probablement sous-estimé par rapport à l'effet réel sur les participants, car la mise en œuvre n'a pas été parfaite.
  • Points forts : 96 % des élèves ont suivi les séances TaRL, le recours à l'enseignement explicite a fait un bond de +66 points, et la participation aux activités extrascolaires a augmenté de +20 points.
  • Points faibles : La participation au tutorat pour les élèves en difficulté n'a augmenté que de 9 points (probablement car 60 % des élèves témoins en bénéficiaient déjà d'une autre manière).
  • Mécanismes d'action : Les élèves n'ont pas consacré plus de temps à leurs devoirs, ce qui indique que l'effet provient de l'amélioration de la productivité au sein de l'école. Le climat scolaire s'est amélioré (+0,12 e.t.) et la notoriété de l'assistant social a grimpé de +35 points.
6. Évaluation du volet "Ateliers socio-émotionnels" (Essai randomisé) Les 84 établissements ayant bénéficié d'ateliers socio-émotionnels dédiés n'ont pas généré de bénéfices significatifs supplémentaires par rapport aux 116 écoles pionnières sans ateliers (en dehors d'une réduction marginalement plus forte des redoublements : baisse de 10,2 points contre 9,5).
  • Raisons potentielles : Seulement 66 % des élèves ciblés y ont effectivement participé, et les écoles avec ateliers n'ont pas enregistré d'amélioration additionnelle du climat scolaire ou du bien-être des élèves par rapport au tronc commun de la réforme.
7. Contrôles de robustesse rigoureux L'étude est hautement sécurisée sur le plan statistique :
  • Attrition différentielle : Le décrochage ayant baissé grâce au programme, le taux d'attrition lors des évaluations était inférieur de 6,5 points dans le groupe traité. Les chercheurs ont appliqué les limites de Lee (2009) et de Behaghel et al. (2015), ainsi que des pondérations IPW de Molina-Millán et Macours, confirmant que cette attrition n'invalide pas les résultats.
  • Biais de désirabilité sociale : Anticipant que les élèves pourraient répondre ce que l'enquêteur attendait, les chercheurs ont utilisé l'échelle de Marlowe-Crowne. Les effets sur les compétences socio-émotionnelles restent forts même chez les élèves ayant une faible propension à la désirabilité sociale.
  • Comparaisons multiples : Toutes les valeurs p ont été corrigées à l'aide des valeurs q (taux de fausses découvertes optimisées de Benjamini-Hochberg).
8. Prochaines étapes Le rapport prévoit d'intégrer les données de persévérance scolaire pour l'année suivante, de calibrer les résultats aux échelles internationales (PISA), de vérifier les données administratives sur le tutorat, et d'étudier une mystérieuse baisse des compétences interpersonnelles observée spécifiquement chez les élèves du groupe témoin, avant la publication de deux articles scientifiques