mardi 1 avril 2025

La réforme scolaire du Maroc 🇲🇦

 


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Lecture, maths, langues : les Écoles Pionnières font leurs preuves.

Deux ans après son lancement, le programme « Écoles Pionnières » affiche des résultats prometteurs, portés par une transformation en profondeur des pratiques pédagogiques, de la gouvernance et de l’environnement scolaire. À Rabat, Casablanca et Témara, les établissements engagés dans cette dynamique livrent un bilan d’étape révélateur : les élèves progressent, les enseignants innovent, et les familles s’impliquent. 

À l’échelle du Royaume, le ministère de l'Éducation nationale a élargi le programme à 2.626 écoles primaires pour l’année scolaire en cours, touchant 1,3 million d’élèves. Les évaluations indépendantes menées par l’ONDH, Maghreb Lab et le Conseil supérieur de l’éducation révèlent tous des améliorations nettes de 22 points de pourcentage dans les disciplines fondamentales, dont +33 pts en français, +23 pts en mathématiques et +12 pts en arabe.

Basé sur des piliers comme la pédagogie explicite, le travail différencié selon le niveau réel des élèves, la refonte des espaces scolaires et le renforcement des activités de vie scolaire, le programme se veut un modèle reproductible. Il vise à couvrir 8.630 écoles d’ici 2028.

Le défi à venir ? Pérenniser les acquis, accompagner la montée en charge sans dilution des standards, et maintenir un haut niveau d’engagement des équipes éducatives et des familles.

À Rabat, une dynamique de changement saluée par tous

À l’école primaire des Oudayas, à Rabat, les effets du programme sont déjà visibles. Abdelkader Hadini, directeur régional de l'Éducation nationale à Rabat-Salé-Kénitra, qualifie cette réforme de « tournant structurel dans le déploiement de la feuille de route 2022-2026 ». Selon lui, l’approche adoptée — basée sur des scénarios d’apprentissage, l’implication des familles et l’évaluation continue — permet une nette amélioration des résultats, notamment en langues et en mathématiques. Mohamed El Barky, directeur de l’établissement, salue la transformation radicale de l’environnement pédagogique, expliquant que les infrastructures réhabilitées, les supports numériques et la pédagogie explicite ont grandement amélioré l’engagement des élèves et la motivation des enseignants.

À Casablanca, une mobilisation exemplaire

À l’école Abi Inane, relevant de la préfecture d’Anfa, la dynamique est palpable. Bouchra Aref, directrice provinciale de l'Éducation nationale, souligne que le programme a permis « une remobilisation du personnel enseignant autour d’un projet éducatif structuré ». Elle ajoute : « Ce programme ne change pas seulement la façon d’enseigner, il change l’état d’esprit de toute la communauté scolaire. » Ilham Al Hart, directrice de l’établissement, confirme que les nouvelles approches basées sur des supports standardisés, des jeux éducatifs et une meilleure gestion du temps scolaire ont permis d’élever significativement le niveau des élèves, notamment en lecture.

À Témara, des résultats concrets et mesurables

Même constat à l’école Ibn Toumart de Témara. Abdelmounaim Fadel, inspecteur pédagogique, évoque une véritable rupture méthodologique avec les pratiques antérieures. Il met en avant le rôle central du suivi régulier, de la formation continue des enseignants et de l’accompagnement personnalisé. Pour Hassan Ghazouani, directeur de l’école, l’un des grands succès du programme réside dans la revalorisation du rôle de l’enseignant : « Nous sommes passés d’une logique individuelle à un travail d’équipe structuré et soutenu. »

Infrastructures, ressources humaines... Des défis persistants

Malgré les avancées notables, le programme « Écoles Pionnières » n’échappe pas à certaines critiques formulées notamment par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS). Dans son évaluation récente, le Conseil pointe des inégalités régionales marquées, notamment en matière d’infrastructures, de suivi pédagogique et de dotation en matériel. Les écoles rurales, en particulier dans des régions comme Souss-Massa et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, souffrent d’un manque criant d’équipements, de sanitaires en mauvais état et d’un accompagnement pédagogique très insuffisant. Autre limite soulevée : la difficulté de généralisation du modèle à l’échelle nationale, en raison d’un pilotage trop centralisé et de financements jugés insuffisants.
Des voix critiques, comme celle de Khalid Samadi, ancien secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur, dénoncent un écart entre les fondements du programme et les principes de la Vision stratégique 2015-2030, estimant que la réforme reste incomplète et fragile tant sur le plan conceptuel qu’opérationnel.