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mercredi 4 décembre 2013

Bruno Suchaut : PISA 2012 : à quand l’inversion de la courbe ?

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PISA 2012 : Le centre du problème réside dans les pratiques pédagogiques

PISA 2012 : à quand l’inversion de la courbe ?

Bruno Suchaut




Si l’inflexion de la courbe du chômage fait débat en France, c’est aussi le cas de celle des performances des élèves à l’enquête PISA. Cela est confirmé par la lecture du premier volume du rapport de l’OCDE [1]  concernant les tests administrés aux élèves de 15 ans. Le programme PISA ciblait en 2012 plus particulièrement les compétences en mathématiques, comme c’était déjà le cas en 2003. Les résultats de cette cinquième vague d’enquête PISA sont loin d’être favorables à la France, même si la baisse enregistrée dans ce domaine de compétences depuis presque une décennie est principalement le fait de la période 2003 -2006 quand on raisonne en termes de tendance :


Source : OECD, PISA 2012 Database, table 1.2.3b

Mais les commentaires des médias, des décideurs et des personnalités politiques retiendront surtout la descente de la France dans le classement international (25e place en 2012) et le fait que le pays se situe à présent en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE. Être dépassé dans le palmarès par des pays moins avancés sur le plan économique comme le Vietnam ou l’Estonie est en outre une situation qui accentue, de manière symbolique, ce déclassement. Mais l’élément le plus important quand on observe l’évolution entre 2003 et 2012, c’est l’accroissement de la proportion d’élèves en difficulté (le taux d’élèves très performants est, quant à lui, resté constant). Par ailleurs, les inégalités liées au milieu social et à l’origine culturelle (pour les élèves issus de l’immigration) se sont nettement accentuées au fil du temps. Le rapport de l’OCDE met aussi en évidence certaines caractéristiques des élèves français et du système qui interrogent sur son fonctionnement, son efficacité, son efficience et son équité : une proportion encore forte de redoublants, un climat de discipline plus faible que la moyenne des pays de l’OCDE, un niveau d’anxiété élevé et une moindre motivation.

Ces résultats de l’enquête de 2012 sont loin d’être surprenants car ils vont bien dans le sens des prévisions qui pouvaient découler des études nationales réalisées par la DEPP sur l’évolution des performances des élèves à l’école primaire et au collège (notamment sur la base des évaluations CEDRE). Il faut en effet rappeler que les élèves âgés de 15 ans testés lors du PISA 2012 ont débuté leur scolarité élémentaire au début des années 2000 (année scolaire 2002-2003 pour les élèves ayant effectué un parcours sans redoublement et plus tôt pour les autres). Pour les cohortes se rapportant à ces dates, les données disponibles pouvaient prédire, sans prendre un risque élevé, les performances des élèves en mathématiques à PISA 2012.

Comme à chaque publication des résultats de l’enquête internationale de l’OCDE, les causes de la situation de l’école française seront avancées par les responsables du système éducatif. Ils feront sans doute ainsi le lien entre les faibles résultats des élèves avec la politique menée par les gouvernements précédents et justifieront ainsi le fait de réformer l’école en urgence. Cette réforme de l’école est en effet indispensable pour permettre à tous les élèves d’acquérir un niveau de compétences suffisant à la fin de la scolarité obligatoire mais on peut s’interroger sur l’efficacité potentielle des mesures prises récemment si elles ne sont pas complétées par d’autres qui viseraient plus directement les facteurs d’efficacité pédagogique classiques.

Si la priorité donnée à l’école primaire est en soi une direction pertinente au niveau de la politique éducative, les moyens mis en œuvre ne sont pas suffisamment adaptés aux enjeux liés à la réduction des inégalités académiques et sociales entre les élèves. Ainsi, la capacité que peut avoir la réforme des rythmes scolaires à atteindre les objectifs de meilleurs apprentissages des élèves est très incertaine si on ne l’associe pas à une réflexion approfondie sur la dimension qualitative du temps d’enseignement. La prochaine refonte des programmes scolaires peut être considérée comme une opportunité d’évolution positive mais elle ne suffira pas en elle-même à améliorer la prise en charge des élèves en difficulté. La réflexion engagée sur le métier d’enseignant était aussi nécessaire pour faire évoluer les statuts de la profession mais, au-delà de la reconnaissance des différentes missions, c’est bien le métier lui-même qui doit évoluer pour mieux répondre aux besoins des élèves.

Le centre du problème réside alors dans les pratiques pédagogiques et la capacité que peut avoir le système éducatif à prendre en charge les élèves les plus faibles. Il s’agit alors, comme l’ont fait avec succès d’autres pays, de centrer ses efforts sur le cœur même du métier d’enseignant : l’acte pédagogique. Celui-ci n’est pas seulement déterminé les contenus des programmes, mais aussi et surtout, par la manière de les transmettre. À cet égard, les apports de la recherche en éducation, nourrie de la psychologie cognitive et sociale, sont précieux et devraient être plus directement pris en compte par la politique éducative.

Sans ce contexte peu favorable, l’enquête PISA 2012 fournit néanmoins une note d’optimisme qui sera sans doute peu relevée dans les commentaires des médias. Il s’agit des résultats en compréhension de l’écrit des élèves français (domaine de compétence évalué également tous les trois ans avec la culture scientifique et la culture mathématique) en 2012. La baisse des performances enregistrée dans les enquêtes précédentes s’est en effet stabilisée et la tendance de la courbe d’évolution s’est inversée : au moins une bonne nouvelle !



 Source : OECD, PISA 2012 Database, table 1.4.3b