Cliquez sur l'image pour commander l'ouvrage

mercredi 20 mars 2013

Des études confirment l'opinion des profs: la réforme a échoué


(Québec) Le constat d'échec de la réforme scolaire dressé par des enseignants est «cohérent» avec les résultats préliminaires d'une vaste étude sur le renouveau pédagogique commandée par le ministère de l'Éducation.





Voilà ce qu'affirme Simon Larose, professeur-chercheur à l'Université Laval, qui dirige une équipe ayant reçu le mandat d'évaluer les retombées de la réforme scolaire. Cette enquête baptisée projet ERES - pour Évaluation du renouveau à l'enseignement secondaire - représente l'évaluation de la réforme la plus importante menée à ce jour par une équipe de chercheurs, qui y travaillent depuis cinq ans.
M. Larose réagissait aux résultats d'une autre recherche publiés dans Le Soleil de mardi, où des enseignants interrogés par Jean-François Cardin et Érick Falardeau, aussi professeurs à l'Université Laval, considèrent que la réforme scolaire amorcée depuis les années 2000 n'a pas donné les résultats espérés.
Même si Simon Larose évoque quelques réserves sur le plan méthodologique - notamment sur le nombre d'enseignants interrogés par ses collègues, qui s'élève à 427 -, il considère néanmoins que ce «portrait assez sombre» dressé par les enseignants est «cohérent» avec ce qu'on observe aussi chez les élèves et les parents interrogés par sa propre équipe de recherche.
Ce constat ne repose pas seulement sur des perceptions mais aussi sur les résultats des élèves aux examens ministériels, ajoute M. Larose, dont les travaux permettent de comparer une cohorte de jeunes n'ayant pas été exposés au renouveau pédagogique avec deux autres cohortes d'élèves de la réforme.
Peu d'améliorations
Avec des données qui seront publiées sous peu, l'équipe de M. Larose démontrera que les résultats des élèves en difficulté sont loin de s'être améliorés, alors que la réforme avait pour principal objectif de faire réussir un plus grand nombre de jeunes. «On est en train de faire plus de mal que de bien», lance le chercheur.
De son côté, la présidente de l'Association québécoise des professeurs de français, Suzanne Richard, tient à apporter quelques bémols à l'étude menée par Érick Falardeau et Jean-François Cardin. Si la réforme n'a pas donné les résultats espérés, c'est peut-être parce qu'elle n'a pas été véritablement mise en oeuvre dans les salles de classe, avance-t-elle.
Pour l'instant, la seule étude qui a permis de documenter concrètement comment le français est enseigné au secondaire est celle réalisée par Suzanne-G. Chartrand, didacticienne du français à l'Université Laval. Cette enquête, dont Le Soleil rapportait les résultats il y a quelques semaines, conclut que depuis 25 ans, l'enseignement du français a peu changé, malgré la réforme.
«Comment peut-on donner un verdict d'échec de la réforme si on continue à enseigner comme avant? Je ne veux pas défendre la réforme à tout prix, mais si les changements ne sont pas appliqués, ça fait énormément d'argent et d'énergie pour rien», affirme Mme Richard.
Programme de 1995
Cette dernière cite en exemple les formations qu'elle donne toujours aux enseignants de français sur la grammaire nouvelle, qui fait pourtant partie des programmes de français depuis... 1995. «On dit que la réforme ne marche pas mais le programme de 1995 n'est même pas encore appliqué!» lance-t-elle.
De son côté, Simon Larose affirme au contraire que le verdict ne serait pas nécessairement plus rose si la réforme était davantage appliquée par les enseignants. Dans les écoles où les directions d'école affirment avoir implanté davantage la réforme, les perceptions des élèves et des parents sont encore plus négatives qu'ailleurs. «Ça ne donne pas des munitions à ceux qui pensent qu'une implantation plus avancée donnerait de meilleurs résultats», laisse-t-il tomber.
M. Larose rappelle que le réseau scolaire est «encore dans une période de transition», qui ne doit toutefois pas s'étirer éternellement. «À un moment donné, si on est en transition pendant trop longtemps, ce sont les jeunes qui vont écoper.»
Résultat en français: l'exception
«Parmi tous les effets négatifs de la réforme, il y a une exception : le français.» L'équipe de Simon Larose, professeur-chercheur à l'Université Laval, a scruté à la loupe les résultats à l'épreuve ministérielle de français de cinquième secondaire, en comparant les élèves d'avant la réforme à ceux qui y ont été plongés. Verdict : les jeunes réussissent un peu mieux en grammaire et en orthographe, notamment les élèves en difficulté.
«Il y a eu de modestes gains en français pour les élèves à risque depuis la réforme. Ça va un peu à l'encontre de ce que les enseignants rapportent», affirme M. Larose. Le seul déclin observé chez les élèves concerne leurs capacités d'argumentation à l'écrit. Il y a toujours une forte proportion de jeunes qui réussissent ce volet de l'examen, mais le nombre d'élèves qui obtiennent des notes élevées a diminué avec la réforme.