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mercredi 3 octobre 2012

UQAM | Entrevues | Apprendre à lire à deux en deuxième

UQAM | Entrevues | Apprendre à lire à deux en deuxième


Par Pierre-Etienne Caza
La recherche en éducation a beaucoup changé depuis une quinzaine d'années… et pour le mieux! «Nous menons aujourd'hui des recherches empiriques avec des schèmes expérimentaux d'une rigueur scientifique exemplaire», explique le professeur Éric Dion, du Département d'éducation et formation spécialisées, qui a ainsi validé l'efficacité du programme éducatifApprendre à lire à deux. Conçu au départ pour les classes de première année en milieux défavorisés de Montréal, ce programme consiste en de brèves capsules d'enseignement suivies de séances de tutorat par les pairs, en jumelant un élève fort avec un élève plus faible. Le succès du projet a été instantané. «Il y a un véritable engouement de la part des enseignantes et des directions d'école, car il s'agit d'une intervention qui demande peu de ressources et qui aide les élèves de façon significative», affirme-t-il.
Un organisme sans but lucratif a été créé afin de distribuer le matériel aux écoles et d’offrir les formations appropriées. «Les recherches qui ont permis de mettre ce programme sur pied ont été financées par les contribuables et il était important d'en retourner les bénéfices à la collectivité au meilleur prix possible», note Éric Dion. Apprendre à lire à deux est désormais utilisé dans plus de 200 écoles du Québec et de l'Ontario.

Une version pour la deuxième année

Avec des collègues et des étudiants de maîtrise et de doctorat, le chercheur a développé une version du programme pour la deuxième année du primaire. «En deuxième, les enseignantes doivent trouver un point d'équilibre entre le soutien à la lecture des mots et l'enseignement de la compréhension. Nous avons utilisé notre approche pour aider les élèves à percevoir correctement le sens des textes», explique-t-il.
Le protocole de la recherche, menée auprès de 297 élèves de 16 écoles montréalaises, comportait un groupe contrôle, un groupe travaillant sur le vocabulaire et un autre sur les stratégies de lecture.
Pour le volet «vocabulaire», l'équipe du professeur Dion a conçu des activités autour d'un corpus de 300 mots multi-syllabiques. Les élèves ont appris, avec leur enseignante d'abord, puis en duo, à décoder chaque mot, à en comprendre la définition et à l'intégrer dans une phrase. Ils ont aussi lu des histoires renfermant les nouveaux mots. «Ce volet a connu beaucoup de succès et a contribué à améliorer significativement le vocabulaire des élèves qui y ont participé, mais l'objectif premier de compréhension de texte n'a pas été atteint», précise le chercheur.
C'est le volet «stratégies de lecture» qui a permis d'y parvenir, avec des résultats spectaculaires par rapport au groupe contrôle. «À cet âge-là, précise Éric Dion, les problèmes de lecture découlent souvent du fait que les élèves lisent sans s'attarder au contenu. Or, pour saisir le sens d'un texte, il faut réfléchir et en organiser le contenu au fil de la lecture.» Les enseignantes ont demandé aux élèves, de nouveaux jumelés, de lire une histoire à voix haute à tour de rôle, un paragraphe à la fois. L'élève qui écoutait devait en trouver l'idée principale et vérifier l'exactitude de sa réponse. Ensuite on inversait les rôles. «J'ai vu des yeux briller lorsque les élèves saisissaient enfin le sens d'un texte», note fièrement le chercheur.
Le matériel du programme Apprendre à lire à deux pour la deuxième année, incluant vocabulaire et stratégies de lecture, est désormais offert aux écoles intéressées.

Une bataille idéologique

Avec cette nouvelle version du programme, Éric Dion espérait faire taire les détracteurs de l'enseignement explicite, dont il se réclame et qui est souvent perçu – à tort précise-t-il – comme étant dépourvu de sens pour les élèves. L'enseignement explicite – basé sur l’idée que tout ce qui doit être appris doit être enseigné – s'oppose à plusieurs égards au socioconstructivisme de la réforme, selon lequel les élèves doivent apprendre en s'appropriant les concepts et les notions de façon autonome. «Nous visons aussi à ce que les élèves puissent mettre en application les notions apprises, mais, selon notre approche, ce sont les enseignantes qui mènent le bal, et non les élèves qui cherchent à tâtons», explique Éric Dion.
Le chercheur précise que les deux dernières ministres de l'Éducation se sont montrées favorables à l'enseignement explicite pour l'apprentissage de la lecture, mais il croit que les concepteurs de la réforme lui font obstacle. «La situation change toutefois peu à peu. Cette année, plus de 660 enseignantes ont entre les mains Apprendre à lire à deux et elles l'enseignent à près de 15 000 élèves», conclut-il fièrement.
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXIX, no 3 (1er octobre 2012)