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mercredi 5 septembre 2012

Une nouvelle approche pédagogique porte fruit!


À la Rivière-du-Nord – Une nouvelle approche pédagogique porte fruit

Le Devoir
Marie-Hélène Alarie   1 septembre 2012  Éducation
Prévenir les difficultés d’apprentissage en lecture dès la maternelle permet de réduire le décrochage scolaire.
Photo : Clément Allard - Le Devoir
Prévenir les difficultés d’apprentissage en lecture dès la maternelle permet de réduire le décrochage scolaire.
Bien apprendre à lire pour contrer le décrochage : c’est le pari que relève quotidiennement l’équipe de la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, et c’est à l’aide du programme La forêt de l’alphabet, implanté à la maternelle, qu’on compte y parvenir. 

L’équation est fort simple : plus tôt chez un élève on dépiste les difficultés d’apprentissage de la lecture, plus on aura de chances de garder longtemps ce même élève à l’école. Sans la lecture, on se dirige vers un décrochage, puisqu’il est très difficile de faire comprendre les consignes et les énoncés présents dans toutes les matières au programme. Les chiffres sur l’analphabétisme sont alarmants, mondialement bien sûr, mais aussi chez nous, où il y aurait 49 % de la population, soit près de la moitié du Québec, qui a du mal à lire et à comprendre les mots et les phrases et pour qui les livres sont inaccessibles. Dans ce sens, La forêt de l’alphabet est un moyen efficace pour aider les enfants à rester à l’école, mais aussi pour donner l’envie d’apprendre, et ce, dès la maternelle.

C’est Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal, aidée de son équipe de chercheurs, qui a mis sur pied La forêt de l’alphabet, un programme de prévention des difficultés d’apprentissage en lecture à la maternelle. Reposant sur l’état des connaissances issues de la recherche, le programme a fait l’objet de quatre études. Les résultats sont impressionnants : dans les classes où le programme a été implanté avec rigueur, on observe une diminution de plus de 50 % du nombre d’élèves ayant des difficultés d’apprentissage en lecture à la fin de la première année, mais aussi une réduction des écarts entre les élèves issus d’un milieu favorisé et ceux issus d’un milieu défavorisé, de même qu’un nivellement des écarts entre les garçons et les filles.

Faire lire dès la première année

Depuis quelques années déjà, à la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, où on enseigne le français langue première, on applique le programme de La forêt de l’alphabet dans toutes les écoles. « On s’est aperçu que, bon an mal an, de 20 % à 30 % de nos élèves ne réussissaient pas l’épreuve de lecture de 6e année du ministère de l’Éducation », raconte Marc Saint-Pierre. Directeur adjoint de la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord jusqu’au 30 juin dernier et aujourd’hui jeune retraité, c’est lui le grand responsable de l’implantation du projet La forêt de l’alphabet à la commission scolaire.

Mais, malheureusement, ne s’apercevoir qu’en 6e année qu’un élève a pris du retard, c’est déjà trop tard et, selon Marc Saint-Pierre, il fallait agir en amont : « Il fallait s’assurer que, à la fin de leur première année, nos élèves sont capables de décoder un texte, d’avoir une lecture qui est fluide, précise et relativement rapide. On s’est aperçu que nos approches n’étaient peut-être pas les bonnes et qu’il fallait les changer. Après de nombreuses recherches, j’ai pris contact avec Monique Brodeur et on a mis en place La forêt de l’alphabet au préscolaire. »


Former les professeurs

L’implantation de cette nouvelle approche à la grandeur de la commission scolaire ne s’est pas faite du jour au lendemain. Pour assurer le succès d’une telle entreprise, il a fallu bien préparer tous les intervenants. Selon la loi de l’instruction publique, une direction d’école ne peut pas imposer une méthode pédagogique à un enseignant, cependant, Marc Saint-Pierre a voulu offrir aux professeurs toute l’information nécessaire pour implanter la méthode : « Nous avons demandé aux enseignants d’assister à une formation de deux jours, tout en offrant, à ceux qui choisissaient d’enseigner La forêt de l’alphabet, du matériel ainsi qu’un accompagnement avec des conseillers pédagogiques et des évaluations finales, bref, toute une série de conditions facilitantes », explique-t-il.

Résultat ? Sur plus de 90 groupes d’élèves, seulement quatre groupes n’avaient pas participé, non pas à cause d’une résistance de la part de l’enseignant, mais pour des raisons techniques. Ce qui fait que la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord est la seule à avoir participé au programme à une si grande échelle.

Après trois ans d’implantation, on n’en est pas encore aux évaluations finales, mais c’est au niveau du dépistage que le programme fait ses preuves. « En gros, grâce à l’implantation du programme La forêt de l’alphabet, on a été capable d’observer, lors d’une première évaluation qui se fait en janvier, que, dans une proportion de 20 %, des élèves avaient besoin d’un appui supplémentaire. Lors d’une seconde évaluation en mai, le nombre d’élèves considérés à risque baisse de moitié. L’année suivante, en octobre, dans les classes de première année, le nombre d’élèves à risque diminue encore grâce à des interventions précoces en orthopédagogie », explique M. Saint-Pierre.

Mais notre directeur retraité va encore plus loin en affirmant que La forêt de l’alphabet « rétablit une certaine justice sociale, ce qui est en soi le rôle de l’école publique ». S’il est capable de faire une telle affirmation, c’est parce que, après avoir analysé les résultats de ses élèves aux évaluations, il constate que les écarts habituellement présents s’amenuisent. On parle d’écarts entre garçons et filles, mais surtout de ceux entre milieux favorisés et milieux défavorisés.

Il semble évident que, pour la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, l’expérience de La forêt de l’alphabet a été concluante. Mais, puisque le but ultime est de contrer le décrochage scolaire, ce programme doit faire partie de toute la panoplie de mesures incitatives et, comme le dit si bien Marc Saint-Pierre, « on ne veut pas d’une société qui abandonne ses décrocheurs seuls à la maison ».