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samedi 1 octobre 2011

La génération C au pilori



Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil

Les étudiants ne lisent plus le journal, ne se préoccupent... (Photothèque Le Soleil)
Les étudiants ne lisent plus le journal, ne se préoccupent presque plus de l'actualité, ne s'intéressent plus aux nouvelles découvertes et à ce qui se passe dans le monde, croit l'ancien doyen de la faculté des arts de l'Université de Waterloo, Ken Coates. «Ils sont trop occupés à texter leurs amis, à vérifier leur compte Facebook et à écouter leur musique.»
PHOTOTHÈQUE LE SOLEIL
(Québec) Si ce n'était que de Ken Coates, une bonne partie des étudiants d'aujourd'hui ne mériterait pas d'être admis à l'université et encore moins d'obtenir un diplôme. La génération C - ces jeunes de 15 à 27 ans qui ont grandi avec l'ordinateur et Internet - veut faire le moins d'efforts possible, mais pleurniche quand elle n'a pas de bonnes notes. Les coupables? Les parents mous, l'école qui récompense tout le monde et la société qui encourage la facilité, dénonce l'ancien doyen de la faculté des arts de l'Université de Waterloo dans son dernier livre coécrit avec le professeur Bill Morrisson, Campus Confidential: 100 Startling Things You Don't Know About Canadian Universities100 choses étonnantes que vous ne savez pas sur les universités canadiennes»). Le Soleil s'est entretenu avec Ken Coates.
Q Dans votre livre, vous parlez de la génération «j'ai le droit», que voulez-vous dire par là?
R Essentiellement, c'est une génération qui croit que le monde devrait se livrer à elle comme elle le pense et quand elle le veut. Évidemment, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Mais je parle d'une bonne partie des enfants de classe moyen­ne canadienne. Des jeunes qui l'ont eu très facile dans la vie, qui se sont fait dire qu'ils sont très intelligents et qui semblent croire qu'ils ont le droit d'obtenir un diplôme [universitaire] et un bon emploi. Ils sont habitués d'avoir leurs parents qui veillent sur eux, se lèvent pour eux et interviennent en leur nom. Et ils sont habitués à des enseignants qui pensent que l'estime de soi devrait être une priorité. Ils pensent que la vie devrait être facile.
Q Qu'est-ce que vous leur reprochez au juste?
R Leur manque de curiosité, notamment. Les étudiants ne lisent plus le journal. Ils ne se préoccupent presque plus de l'actualité. Ils ne s'intéressent plus aux nouvelles découvertes et à ce qui se passe dans le monde. Ils sont trop occupés à texter leurs amis, à vérifier leur compte Facebook et à écouter leur musique. Mais je pense que les étudiants universitaires devraient être plus curieux que ça. S'ils ne le sont pas, ils ne devraient pas aller à l'université seulement parce que leurs parents leur ont dit qu'il fallait y aller.
Q C'est un constat sévère que vous faites. Pensez-vous vraiment que la plupart des étudiants sont comme ça?
R J'aurais tendance à dire que oui. Bien sûr, il n'existe aucun sondage pour nous dire exactement combien il y en a qui s'insèrent dans cette catégorie. Je ne nie pas qu'il y a aujourd'hui des étudiants qui ont beaucoup de talent et qui travaillent très fort. Il y a 30 ou 40 ans, il y avait aussi des étudiants relax et nonchalants. Mais peu importe, je pense que, oui [la plupart des étudiants sont comme ça].
Q Paradoxalement, vous dites que ce n'est pas de leur faute...?
R Ce n'est pas tant une critique des étudiants que de la société dans son ensemble. L'école est devenue trop facile. On n'a pas insisté sur un certain nombre de choses que les jeunes devaient accomplir. À l'université, on n'a pas eu le choix de s'en accommoder, de telle sorte que plus on avance, plus on nivelle par le bas. On voit surgir ce problème à une foule d'endroits. Les employeurs s'en plaignent, les professeurs aussi - même s'il y en a toujours qui se plaignent de tous leurs étudiants. Mais comme révélateur de cette génération, je pense que c'est un problème assez sérieux.
Q On parle beaucoup de favoriser l'accès aux études supérieures au Québec. Pourquoi croyez-vous qu'il faut admettre moins d'étudiants à l'université?
R On admet tellement d'étudiants à l'université qu'un diplôme de base ne signifie plus la même chose qu'avant. En Ontario, on a admis 40 000 nouveaux étudiants [au cours des cinq dernières années] dans les universités. Pensez-vous que ces 40 000 étudiants sont très talentueux, vraiment motivés et profondément engagés, qu'ils attendaient sagement leur place? Pourtant, on continue d'ajouter tou­jours plus étudiants dans le système universitaire, ce qui diminue la valeur des diplômes.
Q Quelle serait donc la solution?
R Il faut réaliser que ce n'est pas les étudiants qui ont un problème, mais que c'est un résultat des parents mous et des faibles attentes que le système d'éducation a envers eux. Il faudrait donc des standards plus élevés à l'université. Je pense aussi qu'il faut arrêter de baser l'école secondaire sur l'estime de soi, le genre où les élèves remportent un trophée à la fin de l'année. À mon avis, c'est une approche fondamentalement mauvaise. La réalité, c'est que c'est un monde difficile qui les attend à l'extérieur [de l'école]. Je pense qu'il faut créer un sentiment plus grand de compétition entre les étudiants et d'accomplissement chez les jeunes. Je pense aussi qu'il faut arrêter de considérer l'université comme un passage vers le monde adulte. On envoie trop d'étudiants à l'université.
Q En attendant, qu'est-ce que les étudiants devraient faire?
R Je pense que les étudiants vont devoir réaliser qu'ils doivent créer leur propre avenir. Ce n'est pas parce qu'ils ont un diplôme d'une grande université que le monde va s'ouvrir à eux et leur offrir un emploi à 57 000 $ par année. Les étudiants devraient d'abord s'assurer d'être présents en classe, de remettre leurs travaux à temps et de travailler vraiment fort. Bref, ils vont devoir se regarder dans le miroir.