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vendredi 16 septembre 2011

La mauvaise éducation










Égide Royer, professeur au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage: «Il n’est pas question de tolérer l’incompétence en éducation».
Photo: Marc Robitaille
La possibilité qu’ont les futurs enseignants au primaire et au secondaire de reprendre une cinquième fois le Test de certification en français écrit pour l’enseignement (TECFEE) est une insulte à la profession, croit le professeur Égide Royer
À une époque pas si lointaine, au Québec, un jeune adulte qui annonçait à ses proches son intention d’entreprendre des études universitaires pour devenir enseignant était à peu près certain que cette déclaration susciterait enthousiasme, admiration et respect. En effet, considérait-on, il fallait des qualités rares pour être accepté dans un programme menant à l’enseignement, à commencer par une excellente connaissance du français écrit. 

Aujourd’hui, les réactions à une annonce du même genre sont généralement plus mitigées, la profession d’enseignant ayant beaucoup perdu de son lustre d’antan. Sur plusieurs tribunes, les facultés des sciences de l’éducation des universités sont accusées de faire preuve de laxisme envers les étudiants qui cognent à leurs portes.

La récente décision de la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ) de donner aux aspirants enseignants la chance de ne plus être expulsés de leur programme après un quatrième échec au Test de certification en français écrit pour l’enseignement (TECFEE) n’arrange en rien les choses et représente même une insulte à la profession, estime Égide Royer, professeur au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage. 

Valoriser la profession«Cette décision me gêne et me déçoit profondément, affirme Égide Royer. Il n’y a pas un métier qui accepterait en ses rangs une personne aux prises avec des lacunes importantes pour exercer ce métier avec compétence et professionnalisme. Dans le cas qui nous occupe, on parle de professionnels de l’éducation auprès de nos enfants, c’est tout dire. Les universités doivent être des milieux où on valorise l’excellence et, à cet égard, elles devraient faire la promotion de la profession d’enseignant, et ce, dès la fin du secondaire, de manière à attirer les meilleurs et les plus forts.»

Rappelons que le TECFEE vise à s’assurer que les futurs enseignants possèdent une maîtrise suffisante du français au moment de se présenter devant un groupe d’élèves. Les étudiants doivent réussir cet examen au cours de la troisième année de leur baccalauréat d’une durée de quatre ans. À peine 25 % d’entre eux le réussiraient du premier coup.    

Si on veut aller chercher la crème des étudiants, il faut aussi qu’ils soient bien payés, soutient Égide Royer. Car l’attirance qu’on peut avoir pour une profession passe également par une rémunération juste et équitable. Après 20 ou 25 ans d’enseignement, ceux et celles qui ont la délicate mission de former nos jeunes devraient ainsi gagner un salaire équivalent à celui d’autres professions, qu’on parle d’architectes, d’avocats ou d’ingénieurs. Et comme c’est le cas pour ces professions et plusieurs autres dont celles de psychologue, d’infirmière et de médecin, il devrait y avoir création d’un ordre professionnel des enseignants, avec exigence de formation continue. 

«Il n’est pas question de tolérer l’incompétence en éducation, dit Égide Royer. À cet effet, un enseignant devrait détenir les exigences de perfectionnement prévues par le code de déontologie de son ordre. S’il démontrait de l’incompétence, ce serait aux membres de son ordre d’examiner la question. En somme, à ses pairs, et non aux syndicats ou encore aux commissions scolaires. 


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