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dimanche 31 juillet 2011

Un peu plus bas










Chronique


30/07/2011 08h22 


Il y a deux mois, au cours d’une entrevue dans Le Journal, le rockeur Lucien Francoeur, qui est prof au cégep depuis 30 ans, disait que le niveau ne cessait de baisser. Il faut simplifier de plus en plus notre enseignement, disait-il, sinon les jeunes (qui lisent de moins en moins) ne comprendraient rien. « Avant, on demandait un travail de session de 12 pages, disait-il. Maintenant, une analyse littéraire, c’est 750 mots. Trois paragraphes, trois idées principales, c’est tout… Tu ne peux pas leur demander davantage… »
LA GÉNÉRATION INTERNET
J’ai pensé à Lucien, l’autre jour, en lisant une nouvelle défrisante parue dans L’Express. Vous vous souvenez du Nom de la rose, le thriller historique écrit par Umberto Eco ? Ce suspense haletant, qui se déroulait au Moyen-Âge, était rempli de références historiques, de réflexions brillantes et de longues tirades philosophiques. Eh bien, Eco a annoncé qu’il allait sortir une version « simplifiée » de son best-seller pour la génération Internet. Le 5 octobre, son éditeur italien publiera un tout nouveau Nom de la Rose, débarrassé des citations latines, du vocabulaire trop pointu et des passages trop « songés ». Ne restera plus que l’intrigue… Bref, afin d’être compris des « nouvelles générations » (et faire un max de fric), Umberto Eco va transformer son chefd’oeuvre en clone du Code Da Vinci. Eh oui, on en est rendu là.
UN PROFOND MÉPRIS
C’est quoi, la suite ? Un remix de la Neuvième de Beethoven ? Une version écourtée d’À la recherche du temps perdu ? Un remake bling bling d’À bout de souffle, de Jean-Luc Godard, avec Richard Gere ? Oups, c’est vrai, ça a déjà été fait, ça… Cette décision est d’autant plus bizarre que le Nom de la rose avait fait un malheur lors de sa sortie en 1980, se vendant à plus de 30 millions d’exemplaires à travers le monde. Preuve que l’intelligence n’est pas un frein au succès… Pour l’éditeur français Pierre Assouline, l’écrivain italien fait preuve d’un profond mépris envers les jeunes. « Eco se serait-il cyniquement convaincu que les jeunes générations du début du XXIe siècle, largement numérisées, sont déjà moins cultivées que les précédentes, au point de leur proposer un Nom de la rose pour les nuls avec des liens hypertextes pour pallier leur ignorance crasse ? », a-t-il écrit sur son blogue. « Le roman était formidable, mais non, pitié, pas le Nom de la rose le retour, pas la saison 2 ! »
LA FIN ?
Certains disent qu’on n’a pas le choix. Si on veut « accrocher » les jeunes à la lecture, il faut se mettre à leur niveau.
D’autres trouvent au contraire que cette approche est contre-productive. Le syndrome Hygrade à l’envers : « Plus on baisse le niveau, moins les jeunes ressentiront le besoin de faire des efforts et plus on devra l’abaisser de nouveau… »
Cela dit, quand on dit « les jeunes », c’est condescendant. Ce ne sont pas les jeunes qui ne lisent plus, ce sont les gens en général.
Leurs parents ne font guère mieux, prenant Dan Brown et Marc Lévy pour de grands écrivains... « Le temps de la grande culture est terminé », m’a déjà dit Denys Arcand.
A-t-il raison ?