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jeudi 7 juillet 2011

C'est toi, le champion!




FRANC-PARLER


C'est toi, le champion!

29/06/2011 07h21


La semaine dernière, je suis allé à la soirée des finissants de ma fille cadette, qui terminait sa sixième année. Durée de l'événement: deux heures trente. Discours de la directrice, discours des profs, discours des parents, discours des élèves, montage photos, chansons, remise des diplômes, remise des prix, autre série de discours... Coudonc, on va faire quoi quand ces jeunes-là vont terminer leur maîtrise ? On va fermer la ville pendant deux jours ? Il va y avoir des feux d'artifice? U2 va venir chanter?
LE COURS NORMAL DES CHOSES
Il fut un temps où la société s'attendait à ce qu'un enfant termine sa sixième année. Il n'y avait rien de spécial là-dedans, c'était le cours normal des choses. T'avais 12 ans, tu terminais ton primaire, tout le monde en vacances, merci, bonsoir.
Aujourd'hui, c'est vu comme un accomplissement. La ville au complet est en liesse, les parents pleurent, les jeunes se font photographier, les directeurs félicitent les diplômés et leur souhaitent bonne chance dans la vie - on dirait une soutenance de thèse à Harvard. On agit comme si c'était EXTRAORDINAIRE, qu'un jeune se rende jusqu'en sixième année sans décrocher! Depuis quand les choses qui nous semblaient normales hier sontelles devenues exceptionnelles?
UNE EXPÉRIENCE HORRIBLE
Hier, je parlais des directeurs d'école en shorts et en gougounes. L'autorité n'est plus ce qu'elle était, déplorais-je. Idem pour la réussite. On a tellement baissé la barre que terminer sa sixième année est maintenant perçu comme un véritable couronnement. Le moindre barbouillage d'enfant est accueilli comme si c'était un chef-d'oeuvre de Picasso...
Tenez, pendant que j'y suis... Il y a quelques semaines, la même école avait organisé un mini-concert des étudiants en musique. Atroce. Je n'ai jamais autant regretté de ne pas être sourd. Vous prendriez un xylophone, un chat et une brique, vous sacreriez tout ça dans une sécheuse, et le son qui sortirait de votre machine serait plus harmonieux que ce qu'on a dû endurer pendant 90 minutes. Pas de farce, j'ai parlé à d'autres parents qui étaient aussi catastrophés que moi...
BON POUR L'EGO
Une mère a même demandé à la directrice de l'établissement pourquoi l'école avait décidé d'organiser un concert public devant les parents alors que, visiblement, les jeunes n'avaient strictement rien appris pendant l'année et étaient aussi à l'aise avec un saxophone que Stevie Wonder avec un pinceau... «Vous êtes fiers de nous faire entendre ça ? a demandé la mère. Vous êtes contents ? Vous trouvez que ça redore l'image de votre école ?» Mais la mère en question n'avait rien compris. Le but de ce concert n'était pas de montrer ce que les élèves avaient appris dans leur cours de musique. C'était de flatter leur ego.
C'est à ça que sert l'école, maintenant : non pas permettre à des individus d'acquérir des connaissances, mais permettre à des individus de développer une bonne estime de soi. L'important n'est plus de savoir lire une partition ou de jouer d'un instrument, non. C'est de pouvoir monter sur une scène et d'affronter un public. Que tu joues comme un pied ou un maestro n'a AUCUNE importance.
QUESTION QUIZ
«L'éducation est notre priorité», clament les politiciens. Mais QUELLE éducation ?

Journal de Montréal – Chroniques - C'est toi, le champion!