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jeudi 26 mai 2011

Enfants désobéissants: la faute à la génétique et à l'environnement












La désobéissance aux règles et les comportements d'opposition sont fréquents chez les jeunes enfants et peuvent survenir dès la première année de la vie. Chez certains enfants, cette tendance persistera et deviendra un trait de personnalité malgré les efforts déployés par leurs parents pour leur inculquer l'obéissance et le respect des règles. Pour une part d'entre eux, il s'agira d'une manifestation annonciatrice de comportements plus violents et même antisociaux.
Tout semble donc montrer qu'il y a là une combinaison de facteurs génétiques et éducatifs. C'est ce que vient de confirmer une étude longitudinale auprès de 597 paires de jumeaux qui ont été suivis de l'âge de 20 mois jusqu'à l'âge de 5 ans.
«C'est la première fois qu'une étude sur ce sujet est faite avec des jumeaux qui ont été suivis année après année», affirme Richard E. Tremblay, professeur au Département de psychologie de l'Université de Montréal. Il est codirecteur, avec Michel Boivin de l'Université Laval, de cette recherche doctorale réalisée par Amélie Petitclerc à l'Université Laval.
Les données proviennent de l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec et de l'Étude des jumeaux nouveau-nés du Québec. La cohorte retenue pour la recherche comportait 238 paires de jumeaux identiques (monozygotes) et 359 non identiques (dizygotes).
«En comparant les données d'observation des monozygotes avec celles des dizygotes, nous pouvons mieux estimer la contribution de la génétique et celle de l'environnement dans les comportements qu'en nous limitant à l'étude d'un seul enfant par famille», mentionne Richard E. Tremblay.
Dans ce genre de travaux, le terme «environnement» désigne l'environnement à la fois physique, culturel et biologique. La notion regroupe donc des facteurs tels les interventions parentales et autres faits vécus par l'enfant, les lieux où celui-ci est élevé, les ressources à sa disposition ainsi que sa propre biologie autre que sa génétique.


Variabilité et stabilité
Les résultats de l'étude, publiés dans le numéro de mars 2011 de Behavior Genetics, montrent que ce sont les facteurs environnementaux qui sont les principales causes des comportements de refus ou d'acceptation des règles à un âge donné, alors que la génétique explique la stabilité de ce type de comportements pendant toute la durée du développement de l'enfant.
Les chercheurs ont même réussi à chiffrer ces résultats: la génétique ne compte que pour environ 35 % dans la désobéissance observée à chacune des étapes du développement mais pour plus de 90 % dans la persistance de l'attitude au fil des années.
«Les attitudes de respect ou de mépris des règles apparaissent relativement stables sur un continuum de cinq ans et cette stabilité est due à un effet génétique fort qui fait que certains enfants sont plus obéissants et d'autres plus désobéissants. Mais la variation dans la désobéissance chez chaque enfant est pour sa part liée aux facteurs environnementaux», précise le professeur Tremblay.
Il reconnait par ailleurs que la comparaison entre jumeaux monozygotes et dizygotes ne permet de dégager que de grandes tendances des effets partagés entre la génétique et l'environnement. «Il est impossible de chiffrer de façon exacte la part de l'une et de l'autre et les résultats doivent être considérés comme des approximations, souligne-t-il. Par contre, les études portant exclusivement sur les jumeaux monozygotes sont de plus en plus utilisées; l'effet génétique étant essentiellement le même, nous pouvons dans de tels cas mieux désigner les effets environnementaux qui eux, contrairement aux gènes, sont souvent modifiables.»
La recherche d'Amélie Petitclerc ayant montré que les comportements problématiques de mépris des règles reposent sur des facteurs génétiques pouvant être transmis de génération en génération, l'équipe de chercheurs conclut par la nécessité d'intervenir de façon préventive dès la grossesse afin d'améliorer les compétences parentales et d'éviter la reproduction à la chaine de comportements perturbateurs.
Daniel Baril